Bevacizumab
Thérapie ciblée anti-angiogénique (et non une chimiothérapie classique). Le bevacizumab empêche les tumeurs de créer de nouveaux vaisseaux sanguins pour se nourrir. Profil de toxicité très différent de la chimio classique : pas de neutropénie ni d'alopécie, mais surveillance de l'HTA, de la protéinurie et du risque hémorragique à chaque cure.
💊 À quoi ça sert ?
Traitement de cancers solides métastatiques, toujours en association avec une chimiothérapie classique ou d'autres thérapies ciblées :
- Cancer colorectal métastatique : en association avec FOLFOX, FOLFIRI ou FOLFOXIRI
- Cancer bronchique non épidermoïde (CBNPC) : en association avec carboplatine-paclitaxel
- Cancer du rein à cellules claires : en association avec l'interféron alpha
- Cancer de l'ovaire : en 1ère ligne avec carboplatine-paclitaxel, puis en entretien
- Cancer du col utérin
🔬 Comment ça marche ? (simplifié)
Les tumeurs ont besoin de se vasculariser pour grossir (au-delà de 1-2 mm, elles ne peuvent pas survivre par simple diffusion). Pour cela, elles sécrètent une protéine de signalisation : le VEGF (facteur de croissance de l'endothélium vasculaire), qui ordonne aux cellules des vaisseaux de former de nouveaux capillaires vers la tumeur.
Le bevacizumab est un anticorps monoclonal qui capture le VEGF avant qu'il n'atteigne ses récepteurs → plus de signal → plus de nouveaux vaisseaux → la tumeur est privée d'oxygène et de nutriments → croissance ralentie.
💡 Ce n'est pas un "poison cellulaire" comme la chimio classique. C'est pour ça que ses effets secondaires sont différents : pas d'aplasie médullaire, pas de chute de cheveux, pas de mucite → mais des effets vasculaires : HTA, protéinurie, hémorragies, problèmes de cicatrisation.
⚠️ Ce qu'il ne faut PAS faire
Le bevacizumab bloque la cicatrisation en inhibant l'angiogenèse réparatrice. Délais impératifs : pas de bevacizumab dans les 28 jours après une chirurgie, et arrêt 4 à 6 semaines avant toute intervention programmée (même mineure). Signaler toute plaie ou cicatrice non cicatrisée.
Douleur abdominale aiguë, fièvre, arrêt du transit → urgence chirurgicale potentielle. Effet rare mais grave (1-2%). Signaler immédiatement au médecin.
L'HTA est l'effet secondaire le plus fréquent (20-30% des patients). Mesurer la TA avant chaque perfusion. Si TA ≥ 160/100 mmHg → contacter le médecin avant de démarrer la perfusion.
- ❌ Pas d'injection IV en bolus (perfusion lente obligatoire : 90 min la 1ère fois)
- ❌ Pas de pré-médication antiallergique systématique (contrairement à certains chimios, vérifier protocole)
- ❌ Ne pas associer à un autre agent anti-VEGF sans PM
- ❌ Pas d'isolement protecteur (pas de neutropénie)
🩺 Ce que je fais en tant qu'IDE
- ✅ Mesurer la TA avant chaque cure : si HTA → appel médecin avant démarrage
- ✅ Bandelette urinaire (BU) avant chaque cure : surveiller la protéinurie ; si ≥ 2+ → prévenir l'oncologue
- ✅ Respecter le schéma de perfusion : 90 min (1ère perfusion) → 60 min → 30 min si bien tolérée
- ✅ Surveiller pendant la perfusion : réaction allergique (rougeur, dyspnée, frissons, urticaire)
- ✅ Pas besoin d'isolement protecteur (pas d'aplasie) : mais port de gants pour manipulation (cytostatique)
- ✅ Signaler tout saignement (épistaxis fréquentes, hémoptysie, sang dans les selles)
- ✅ Informer le patient : signaler toute douleur abdominale, cicatrice non cicatrisée, maux de tête intenses (HTA)
- ✅ Traçabilité : numéro de lot, heure de début et de fin de perfusion, tolérance, TA avant/après
- ✅ Rappeler au patient l'arrêt impératif avant toute intervention chirurgicale (même extraction dentaire)
📌 Les 3 choses à retenir absolument
- Pas de neutropénie ni alopécie → profil de toxicité différent de la chimio classique
- TA + BU avant chaque cure → HTA et protéinurie sont les effets les plus fréquents
- CI chirurgie → arrêt 4-6 semaines avant toute opération, pas de reprise dans les 28j post-op
🔗 Voir aussi
Cisplatine · Paclitaxel · 5-Fluorouracile · Antihypertenseurs