ECOS1 Dyspnée OAP

À quoi sert cette fiche ?

Un scénario ECOS complet pour simuler la prise en charge d'une détresse respiratoire par OAP cardiogénique. Du premier contact avec le patient jusqu'aux transmissions et à l'éducation. À utiliser seul(e) pour s'auto-évaluer ou en binôme (rôle IDE + rôle formateur/patient).


Contexte du scénario

À 8h30, en service de médecine interne, l’aide-soignante vous alerte : "M. Moreau, 74 ans, en chambre 12, est très essoufflé depuis ce matin et ne tient plus allongé."
À votre arrivée, vous trouvez un patient assis, penché en avant, les mains sur les genoux, avec une respiration rapide et bruyante, des battements des ailes du nez, un teint grisâtre et des lèvres légèrement violacées ; il déclare : "Je n’arrive pas à respirer… depuis 3h du matin… c’est comme si je me noyais…".
Ses constantes sont : SpO2 88 % en air ambiant, FR 30/min, FC 108 bpm (régulière), TA 168/95 mmHg, T° 37,3°C. M. Moreau, hospitalisé depuis 48h pour bilan de décompensation, a pour antécédents une insuffisance cardiaque gauche chronique (FEVG 35 %), une HTA et un DT2, et prend habituellement : Bisoprolol 5 mg, Ramipril 10 mg, Furosémide 40 mg, Spironolactone 25 mg et Metformine 1000 mg x2.


Phase 1 - Entrée dans la chambre (Evaluation initiale)

Faire l'évaluation primaire (ou évaluation initiale) du patient à votre arrivé dans la chambre.
Que faites-vous ?


B (Breathing/Respiration) :
Évaluer la fréquence respiratoire (30/min → tachypnée sévère).
La SpO2 (88 % en air ambiant → hypoxémie sévère), et les signes de lutte (battements des ailes du nez, position orthopnéique).
Pourquoi après A ? La dyspnée est le symptôme dominant, mais les voies aériennes doivent être libres pour que l’oxygénothérapie soit efficace.

C (Circulation) :
Mesurer la TA (168/95 mmHg → hypertension).
La FC (108 bpm → tachycardie), et évaluer la perfusion (teint grisâtre, lèvres violacées → cyanose centrale).
Pourquoi après B ? La respiration est prioritaire, mais l’état hémodynamique guide les traitements (ex. : dérivés nitrés contre-indiqués si TA basse).

D (Disability/Neurologique) :
Évaluer la conscience avec le score de Glasgow (patient conscient, orienté, mais agité) et la Glycémie (patient diabétique sous Metformine → risque d’hypoglycémie).
Pourquoi après C ? Moins urgent que A-B-C en phase aiguë, mais une hypoglycémie ou une altération de conscience aggraverait la détresse.

E (Exposure/Environnement) :
Observer l’aspect général (Température à 37,3°C → fièvre modérée)
Vérifier l’absence de traumatisme, et noter les allergies (ex. : sildénafil → contre-indication avec les dérivés nitrés).
Pourquoi en dernier ? Moins urgent en phase initiale, mais essentiel pour adapter la prise en charge (ex. : éviter un médicament contre-indiqué).


Phase 2 - Actions immédiates (Evaluation secondaire)

Faire l'évaluation secondaire du patient, en mettant en lien avec les actions immédiates.
Que faites-vous ?


B (Breathing/Respiration) :
Démarrer une oxygénothérapie par masque haute concentration (MHC) à 15 L/min (objectif : SpO2 ≥ 94-96 %).
Pourquoi après A ? Corriger l’hypoxémie sévère est vital, mais les voies aériennes doivent être perméables pour que l’oxygène atteigne les alvéoles.

C (Circulation) :

  1. Poser le monitoring continu (scope ECG, SpO2, PA automatique).
  2. Vérifier la VVP (ou poser une 18G/20G si absente) pour administration IV.
  3. Appeler le médecin en urgence (transmettre : SpO2 88 %, FR 30/min, suspicion d’OAP).
    Pourquoi après B ? L’oxygénation est prioritaire, mais la circulation doit être surveillée pour adapter les traitements (ex. : Furosémide IV).

D (Disability/Neurologique) :
Mesurer la glycémie capillaire (si < 0,80 g/L → 15 g de glucose).
Pourquoi après C ? Une hypoglycémie aggraverait la détresse, mais la stabilisation respiratoire et circulatoire prime.

E (Exposure/Environnement) :

  1. Déshabiller partiellement le patient pour faciliter l’auscultation.
  2. Vérifier les allergies (ex. : sildénafil → contre-indication avec les dérivés nitrés).
  3. Rassurer le patient ("Je reste avec vous, on va vous soulager").
    Pourquoi en dernier ? Optimiser le confort et éviter les erreurs thérapeutiques, mais moins urgent que A-B-C-D-E.

Phase 3 - Prescriptions médicales obtenues

Le médecin arrive rapidement et prescrit un traitement ciblé pour soulager M. Moreau. Le Furosémide 40 mg en intraveineux lent est ordonné en première intention : ce diurétique puissant va éliminer l’excès de liquide dans les poumons, réduisant ainsi la congestion et la dyspnée. Il doit être administré en 2 à 5 minutes pour éviter des effets indésirables comme des acouphènes ou une chute brutale de la tension.
En complément, un dérivé nitré (Dinitrate d’isosorbide) est prévu si la tension artérielle reste supérieure ou égale à 110 mmHg : ce médicament dilate les veines, réduisant le retour sanguin vers le cœur et allégeant son travail. Un bilan sanguin complet (NFS, ionogramme, créatinine, BNP, troponine) ainsi qu’un ECG sont demandés pour évaluer l’impact sur les organes et détecter d’éventuelles complications. Enfin, une restriction hydrique à 1 litre par jour est instaurée pour limiter la surcharge volémique.

Expliquer chaque prescriptions médicales et les mettre en lien avec les symptômes et signes cliniques et les actions infirmières du rôle autonome et sur prescription.



Réponse :
Le Furosémide doit être administré en intraveineux direct lent (IVD) sur 2 à 5 minutes, et non en bolus rapide.

2. Vérifications avant l’administration du dérivé nitré

Réponse :
Avant d’administrer un dérivé nitré (Dinitrate d’isosorbide), 3 vérifications sont obligatoires :

  1. TA ≥ 110 mmHg :
  1. Absence de prise de sildénafil (Viagra®) ou vardénafil dans les 24-48h
  1. Prescription médicale datée et signée :

3. Paramètre de surveillance prioritaire à H1

Réponse :
Le paramètre prioritaire à surveiller dans l’heure est la diurèse.

Indicateur direct de l’efficacité du Furosémide :

- Diurèse ≥ 100 mL/h = réponse favorable (le diurétique agit, décharge du ventricule gauche).
- Diurèse < 100 mL/h = échec thérapeutiquealerter le médecin pour envisager une majoration de la dose (ex. : Furosémide 60 mg IV).
- Autres paramètres importants (mais secondaires) :
- SpO2 et FR → amélioration de la dyspnée.
- TA → risque d’hypotension (Furosémide + dérivé nitré).
- Auscultation pulmonaire → régression des crépitants (signe de résolution de l’OAP).


Phase 4 - Surveillance rapprochée et réévaluation à H1

Évolution :

À H1, M. Moreau a une SpO2 à 95 % sous 6 L/min, une fréquence respiratoire à 22/min, une tension artérielle à 145/82 mmHg, une diurèse de 320 mL et déclare : "Je respire mieux... mais j’ai encore un peu la tête qui tourne."

Que conclure et que surveiller maintenant ?



Phase 5 - Transmissions DAR

Rédiger la transmission ciblée



Phase 6 - Éducation patient (avant la sortie)

M. Moreau reprend son souffle. Il vous dit : "C'est toujours pareil, j'oublie de peser... je mange ce que je veux... et j'ai pris deux Advil pour mon genou la semaine dernière."

Trouvez 3 points majeurs d'éducations pour M. Moreau.



Grille d'auto-évaluation ECOS

Compétence évaluée
Position semi-assise instaurée immédiatement
Oxygénothérapie démarrée avant le médecin
Médecin alerté dans les 2 minutes
VVP vérifiée ou posée
Monitoring continu posé
Furosémide administré en IVD lent (pas en bolus rapide)
TA vérifiée avant dérivé nitré
Diurèse surveillée à H1
Ionogramme mentionné dans la surveillance
Transmission DAR structurée (D/A/R distincts)
3 points d'éducation patient abordés

Les 3 choses à retenir

  1. OAP = asseoir, oxygéner, furosémide IV → dans cet ordre, avant même le médecin pour les deux premiers
  2. Surveiller la diurèse à H1 → indicateur principal d'efficacité du traitement
  3. AINS + IC = association dangereuse → retenir pour l'éducation des patients cardiaques

Voir aussi

ECOS · Furosémide · Détresse respiratoire · Transmissions DAR · CC1 IDM

Outil pédagogique ESI · Scénario fictif · ESC Guidelines IC 2021
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