CC1 IDM Urgences
Cas clinique 1 : Infarctus du myocarde aux urgences
IDM · ECG · [[Médicaments/AINS/Aspirine antiagrégant]] · Héparine · Choc cardiogénique · Transmissions DAR
M. Bernard, 62 ans, arrivée aux urgences à 14h20 pour douleur thoracique depuis 1 heure, irradiant dans le bras gauche, accompagnée de sueurs. ATCD : HTA, tabagisme actif 30 paquets-années, dyslipidémie. Traitement habituel : Amlodipine 5 mg/j, Atorvastatine 40 mg/j.
Situation clinique
M. Bernard est amené par les pompiers en position semi-assise. Il se plaint d'une douleur thoracique rétrosternale en étau, débutée à 13h20, irradiant dans le bras gauche. Il présente des sueurs profuses et une légère nausée.
Constantes à l'arrivée :
- TA : 155/90 mmHg
- FC : 98 bpm, rythme régulier
- SpO2 : 97% en air ambiant
- FR : 18/min
- T° : 37,1°C
- Douleur : EN 8/10
ECG réalisé à 14h25 : Sus-décalage du segment ST en V1-V4, image en miroir en D2-D3-aVF. Rythme sinusal.
Biologie en attente (prélevée à l'arrivée).
Questions
Question 1
Quelle est votre priorité immédiate en tant qu'IDE à la prise en charge de M. Bernard ? Citez 4 actions dans l'ordre chronologique et justifiez chacune.
Question 2
Quels sont les 2 critères ECG qui font suspecter un STEMI dans ce dossier ? Quel est le délai maximal de prise en charge requis à partir de l'arrivée aux urgences ?
Question 3
M. Bernard vous demande s'il peut boire de l'eau car il a très soif. Que lui répondez-vous et pourquoi ?
Question 4
Le médecin prescrit : Aspirine 250 mg per os + Ticagrelor 180 mg per os. Quelles vérifications effectuez-vous avant d'administrer ces médicaments ?
Question 5
Une heure après la prise en charge initiale, le moniteur affiche : FC 42 bpm, TA 88/60 mmHg. M. Bernard présente des sueurs, des extrémités froides et une pâleur. Quelle complication suspectez-vous ? Citez vos 3 premières actions infirmières.
Réponses
Réponds à toutes les questions avant de consulter les réponses.
Réponse 1
4 actions prioritaires dans l'ordre :
- Installer le patient en position semi-assise et poser le monitoring continu (scope ECG, SpO2, PA automatique) : surveillance permanente du rythme cardiaque, détection immédiate d'une arythmie grave (FV, BAV).
- Poser une voie veineuse périphérique (VVP) de bon calibre (18G minimum) : assure l'accès thérapeutique immédiat pour les antalgiques, anticoagulants et antiagrégants prescrits.
- Vérifier l'ECG 12 dérivations et le transmettre immédiatement au médecin : confirmation du diagnostic de STEMI, décision de revascularisation en urgence.
- Alerter le cardiologue de garde / activer la filière STEMI selon le protocole de l'établissement : délai porte-ballon < 90 minutes, coordination avec la salle de cathétérisme.
Remarque : l'oxygène n'est pas systématique si SpO2 >= 95% (recommandations ESC 2023 : O2 uniquement si SpO2 < 90%).
Réponse 2
2 critères ECG évocateurs de STEMI :
- Sus-décalage du segment ST en V1-V4 : signe direct d'ischémie transmurale du territoire antérieur (artère interventriculaire antérieure, IVA).
- Image en miroir (sous-décalage ST) en D2-D3-aVF : signe indirect renforçant la signification du sus-décalage, confirmant le caractère obstructif de l'atteinte.
Délai de prise en charge :
- Délai porte-ballon (arrivée aux urgences - ouverture de l'artère en salle de cathétérisme) : < 90 minutes (recommandations ESC / HAS).
- En cas de transfert inter-établissement : délai porte-ballon < 120 minutes.
- Objectif premier contact médical - ballon : < 90 min si angioplastie primaire disponible sur site.
Réponse 3
Réponse à M. Bernard :
"M. Bernard, je comprends que vous ayez soif, mais pour l'instant je dois vous demander de ne pas boire ni manger. Voici pourquoi :"
- Risque de geste interventionnel en urgence : en cas d'angioplastie primaire (coronarographie), une sédation peut être nécessaire. Un estomac plein expose au risque de fausse route et d'inhalation bronchique (syndrome de Mendelson).
- Administration de médicaments per os en cours : une gorgée d'eau minimale peut être autorisée par le médecin pour avaler les comprimés.
- Consigne de mise à jeun : à noter dans le dossier, heure du dernier repas à rechercher et tracer.
Cette décision relève d'une prescription médicale : l'IDE informe le médecin de la plainte et documente la consigne.
Réponse 4
Vérifications avant administration de la double antiagrégation :
Vérifications réglementaires :
- Identité du patient : bracelet, date de naissance, concordance avec la prescription
- Prescription médicale : écrite, datée, signée, lisible
- Dosages : Aspirine 250 mg (dose de charge) + Ticagrelor 180 mg (dose de charge = 2 comprimés de 90 mg)
- Voie d'administration : per os
Contre-indications à rechercher :
- Aspirine : allergie aux AINS ou salicylés, ulcère gastroduodénal actif, trouble de l'hémostase connu
- Ticagrelor : allergie connue, antécédent d'hémorragie intracrânienne, insuffisance hépatique sévère, interactions médicamenteuses (inhibiteurs puissants du CYP3A4)
- Anticoagulant en cours (AVK, HBPM, AOD) : à signaler au médecin, risque hémorragique majoré
Vérifications pratiques :
- Patient conscient, capable de déglutir
- Gorgée d'eau minimale si le médecin l'autorise malgré la mise à jeun
- Traçabilité dans le dossier de soins : heure, dose, initiales IDE
Réponse 5
Complication suspectée : choc cardiogénique
Tableau clinique : FC 42 bpm (bradycardie sévère, pouvant traduire un BAV sur ischémie du noeud AV ou extension de la nécrose), TA 88/60 mmHg (hypotension franche), sueurs, extrémités froides, pâleur : bas débit cardiaque.
3 premières actions infirmières immédiates :
- Alerter immédiatement le médecin (appel urgent, présence au chevet) : le choc cardiogénique est une urgence vitale absolue, mortalité 40 à 50% sans revascularisation urgente.
- Sécuriser et vérifier les voies d'abord : VVP perméable, préparer une 2e VVP ou le matériel pour voie centrale si prescrit. Prélèvements complémentaires si prescrits (gaz du sang artériels, lactates).
- Maintenir le monitoring continu et préparer le matériel d'urgence : défibrillateur en charge, chariot d'urgence accessible, préparer les drogues vasoactives (noradrénaline, adrénaline) et l'atropine selon prescription, adapter le débit d'O2 à la SpO2.
Physiopathologie : dans l'IDM antérieur étendu (V1-V4), la nécrose d'une large zone du ventricule gauche entraîne une chute brutale du débit cardiaque. La bradycardie associée aggrave l'hypoperfusion tissulaire. La revascularisation coronaire en urgence reste le seul traitement curatif.
D : M. Bernard, 62 ans, douleur thoracique rétrosternale constrictive EN 8/10 depuis 1h, irradiation bras gauche, sueurs profuses. TA 155/90, FC 98, SpO2 97%. ECG : sus-décalage ST 3 mm V1-V4 + miroir D2-D3-aVF. ATCD HTA, tabac 30 PA.
A : Monitoring continu posé. Cardiolog