Diazepam
La benzodiazépine de référence → polyvalente, bien étudiée, présente aux urgences, en neurologie, en addictologie et au bloc. Sa demi-vie très longue est une force (sevrage plus doux) et une faiblesse (accumulation chez le sujet âgé). En IV, la dépression respiratoire est le danger principal.
À quoi ça sert ?
Le diazépam est l'une des benzodiazépines les plus polyvalentes que tu rencontreras :
- Anxiété sévère (traitement court ≤ 4 semaines)
- Sevrage alcoolique : traitement de référence en France (schéma CIWA) → c'est lui qu'on utilise pour prévenir les complications graves du sevrage
- État de mal épileptique : injection IV lente
- Convulsions fébriles de l'enfant : voie rectale (tube de microclyster)
- Contractures musculaires, prémédication anesthésique, agitation aiguë
Comment ça marche ? (simplifié)
Le diazépam se colle sur les récepteurs GABA-A du cerveau et les aide à s'ouvrir plus souvent → les ions chlore entrent dans le neurone → il se calme et ne peut plus s'emballer. C'est littéralement un amplificateur du frein naturel du cerveau.
Le GABA est le frein naturel du cerveau. Le diazépam, c'est le pied qui appuie plus fort sur ce frein → sans débrayer le moteur.
Sa demi-vie très longue (20-100h) avec un métabolite actif (le nordazépam) qui reste dans le sang plusieurs jours explique deux choses : il couvre bien le sevrage alcoolique (il s'auto-diminue progressivement), mais il s'accumule facilement chez les personnes âgées.
Ce qu'il ne faut PAS faire
- Insuffisance respiratoire sévère non assistée : risque réel d'arrêt respiratoire
- Myasthénie : la relaxation musculaire peut aggraver fatalement la faiblesse
- Association avec opioïdes IV hors surveillance spécialisée → dépression respiratoire cumulée
- Ne JAMAIS arrêter brutalement après un usage prolongé → convulsions de sevrage qui peuvent être mortelles
- Grossesse : fentes palatines au 1er trimestre, syndrome de sevrage néonatal
- Personnes âgées : accumulation du nordazépam → sédation prolongée, chutes, confusion ; demi-dose systématique
- Sédation excessive et SpO₂ lors des injections IV
- Dépendance dès 4 semaines d'utilisation quotidienne → fréquente, souvent sous-estimée
- Tolérance : l'efficacité diminue avec le temps → risque d'escalade de doses
Ce que je fais en tant qu'IDE
Les 3 choses à retenir
- "Antidote = Flumazénil (Anexate®) → attention à la re-sédation" → le flumazénil dure 45-90 min, le diazépam peut durer 24-100h → risque de re-sédation après l'antidote → surveillance prolongée obligatoire
- "Arrêt brutal interdit" → après traitement prolongé, les convulsions de sevrage peuvent être plus graves que l'épilepsie initiale ; réduction toujours progressive
- "IV lente + surveillance SpO₂" → max 5 mg/min ; même à dose correcte, la dépression respiratoire est possible surtout si association avec un opioïde
Voir aussi
Lorazépam · Flumazénil · Sevrage alcoolique